Wallons en Flandre : les freins persistent
Malgré la multiplication des leviers accord de coopération entre Régions, limitation dans le temps des allocations de chômage, mission économique royale la mobilité des travailleurs wallons vers la Flandre stagne. Or le constat est simple, rappelle Louise Devos, doctorante à l’UGent : le nord offre des emplois, le sud offre des candidats. Pour mesurer les blocages, son équipe a soumis 112 recruteurs flamands à 549 CV fictifs ne différant que par des signaux régionaux. Résultat : les profils perçus comme wallons perdent 10,7 points de probabilité d’être convoqués. Le facteur discriminant majeur n’est ni le nom ni le lieu de naissance, mais un diplôme secondaire wallon sans mention de néerlandais, qui coûte 15,9 points. Au-delà de la productivité supposée, certains employeurs évoquent une réticence à travailler avec un Wallon et une crainte de réaction des clients.
Du côté du Voka, l’organisation patronale flamande, Sonja Teughels se garde d’employer le terme de discrimination, préférant parler de préjugés et de perceptions. Elle note cependant que les chiffres parlent d’eux-mêmes : de 51.561 Wallons travaillant en Flandre en 2015, on est passé à 59.832 en 2024, soit +16 % en dix ans, mais une part stable de 2 % du marché du travail flamand. À l’inverse, les Bruxellois ont vu leur nombre bondir de 44 % sur la même période, grâce selon elle à une collaboration Actiris-VDAB assortie d’objectifs quantitatifs. L’accord signé en décembre par Zuhal Demir et Pierre-Yves Jeholet prévoit des salons communs, des parcours linguistiques et un échange automatique d’offres et de données. Pour le Voka, il manque encore des cibles chiffrées : l’enjeu n’est pas le nombre de réunions, mais le nombre de personnes effectivement mises à l’emploi.
Comment déverrouiller la situation ? Le Voka prône l’exemplarité, la révision des offres d’emploi et le passage d’un recrutement « idéal » à une logique de formation en entreprise. Louise Devos mise sur le contact direct pour faire évoluer les représentations et sur un assouplissement des exigences linguistiques lorsque le poste le permet. Elle conseille même aux candidats wallons de ne pas mentionner école ni commune sur leur CV. À terme, la limitation des allocations de chômage pourrait créer un effet de choc et pousser davantage de demandeurs d’emploi vers le nord. Combinée à une coopération renforcée entre Forem et VDAB, elle pourrait, estime Sonja Teughels, faire bouger les lignes. Louise Devos reste plus circonspecte : sans évolution du contexte politique et culturel, il est peu probable que les mentalités changent, « mais j’aimerais avoir tort ».
Crédit Photo : © Belgaimage

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