Togo-Culture/Evala : quand la lutte fait battre l’économie du Nord - Belafrika Media TV

Togo-Culture/Evala : quand la lutte fait battre l’économie du Nord

Chaque mois de juillet, Kara, située à environ 411 kilomètres de Lomé par la Route nationale 1, voit sa population de 120 000 habitants s’accroître de plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. Objet de ce déplacement massif : les Evala, rite initiatique kabyè par lequel de jeunes hommes de 18 ans s’affrontent dans l’arène afin d’accéder au statut d’adulte. Devenu rendez-vous national au fil des décennies, cet événement transforme la ville pendant une à deux semaines et imprime une dynamique singulière à l’économie locale.

Hôteliers, restaurateurs, artisans et commerçants s’accordent à reconnaître que cette période concentre l’essentiel de leur chiffre d’affaires annuel, malgré quelques annulations liées aux contraintes administratives.

Le secteur de l’hébergement illustre en revanche la tension entre offre et demande : les tarifs peuvent tripler, passant de 10 000 à 30 000 FCFA, tandis que des chambres modestes voient leur prix quadrupler après de simples aménagements. Si tous ne tirent pas également profit de cette effervescence, l’événement n’en demeure pas moins un puissant levier de redistribution. Au-delà de l’aspect économique, les Evala puisent leurs origines au XVIIIe siècle.

Structurées à partir des années 1940 autour d’affrontements inter-villages régis par des règles communes, elles sont aujourd’hui érigées en patrimoine vivant et servent de support à des circuits touristiques institutionnels ainsi qu’à des dispositifs de financement inclusif pour les acteurs locaux.

Cette dynamique s’inscrit dans une ambition nationale plus large : faire de la culture un moteur de développement. En 2023, le tourisme intra-UEMOA a généré près de 49,9 milliards de FCFA au Togo, avec une contribution du secteur estimée à environ 8 % du PIB. Aux côtés des Evala, d’autres manifestations comme les fêtes équestres du Nord ou Agbogbozan, Epé-Ekpé et Ayizan au Sud constituent des ancrages pour un tourisme intérieur en quête de structuration, notamment auprès de la diaspora.

Reste un défi majeur : la mobilité. Le trajet de sept heures entre Lomé et Kara, sur une route étroite et saturée, freine l’essor d’un véritable tourisme culturel interne. Les projets de dédoublement de la RN1, en discussion depuis plusieurs années, apparaissent dès lors comme une condition indispensable à la valorisation pleine et entière de ce potentiel.

Éditeur responsable Bamtv

Crédit Photo : Togofirst

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