Somalie : la sécheresse pousse 6 millions de personnes à la faim
En Somalie, la sécheresse prolongée a des effets dévastateurs. Près d’un tiers de la population, soit environ 6 millions de personnes, souffre de faim aiguë selon le Programme alimentaire mondial, dont près de 2 millions en situation d’urgence. La malnutrition aiguë touche 1,8 million d’enfants. L’eau potable manque à plus de 1,6 million de personnes et, dans certaines régions, le coût des denrées de base a été multiplié par quatre. Dans des districts comme Burhakaba et dans les camps de déplacés de Baidoa, la situation est jugée critique, à la phase 5 de l’IPC. De nombreuses familles ne prennent plus qu’un seul repas par jour. Plusieurs saisons de pluies insuffisantes ont tari les points d’eau et anéanti récoltes et cheptel, dans un contexte aggravé par la baisse générale du financement de l’aide humanitaire.
La crise est d’abord climatique, mais elle est aussi profondément systémique. Le conflit entre les forces gouvernementales et le groupe islamiste Al-Chabab inscrit sur les listes d’organisations terroristes par plusieurs États et l’ONU provoque des déplacements massifs, désorganise les marchés et entrave l’acheminement de l’assistance. En 2025, l’ONU attribuait à Al-Chabab plus de 90% des déplacements internes. Le groupe contrôle des axes routiers, prélève des taxes et exerce de fait des fonctions d’autorité là où l’État reste fragile. Médecins sans Frontières alerte sur Baidoa : un enfant sur deux dans les camps souffre de malnutrition aiguë, un sur quatre de forme sévère. Des épidémies de rougeole et de diphtérie se déclarent. Les enfants soignés rechutent faute d’eau et de nourriture, tandis que de longues files se forment chaque matin pour obtenir un jerrican d’eau.
Face à cette urgence, les femmes apparaissent comme un pivot de la résilience. Alors que nombre d’hommes quittent les zones touchées, elles assurent la survie du foyer, gèrent les maigres ressources et inscrivent leurs décisions dans la durée, à l’inverse d’une logique de court terme. La Somalie compte aujourd’hui près de 3 millions de déplacés internes, soit un habitant sur cinq, contraints de quitter leurs terres par la sécheresse ou les combats pour rejoindre des camps urbains souvent insalubres et exposés aux expulsions. Sans restauration de l’assistance internationale et sans réponse politique dépassant le seul angle sécuritaire, l’ensemble des experts s’accordent : la crise risque de basculer durablement vers une famine de grande ampleur.
Crédit Photo : © Belga image

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