Le Soudan face à un nouveau cauchemar… Que se passe-t-il dans la ville d’El-Obeid ?
Des milliers de familles soudanaises, incapables de quitter la ville d’El-Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord, en raison de la fermeture des voies de sortie par l’armée et ses alliés issus de la confrérie des Frères musulmans, redoutent de voir se reproduire le scénario du recrutement des femmes et des enfants, ainsi que de la militarisation des lieux de culte.
Les inquiétudes des habitants d’El-Obeid et d’autres villes soudanaises ont été relayées par l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme, dans une publication sur la plateforme X, où il met en garde contre « l’utilisation des biens religieux à des fins militaires ».
L’Observatoire, qui a diffusé une photographie montrant des responsables militaires vêtus de l’uniforme de l’armée soudanaise, estime que celle-ci « atteste de l’utilisation des lieux de culte comme positions de déploiement et de lancement d’opérations militaires », appelant à « mettre immédiatement fin à l’utilisation des lieux de culte à des fins militaires, en raison des conséquences qui en découlent, notamment la privation des civils de la possibilité de pratiquer leur culte en toute sécurité ».
Il affirme en outre que « l’utilisation des mosquées, des églises ou de tout autre lieu consacré au culte à des fins militaires constitue une violation flagrante du droit international humanitaire, en particulier des Conventions de Genève, qui accordent une protection spéciale aux biens religieux ».
Le recrutement des enfants
Ce qui préoccupe toutefois le plus les familles soudanaises, ce sont les autres scènes documentées par l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme concernant le recrutement d’enfants dans différents sites placés sous le contrôle de l’armée et de ses alliés islamistes.
Dans une publication sur la plateforme X, l’Observatoire indique que « l’équipe de l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme est entrée en possession d’un permis de circulation pour motocyclette appartenant à l’un des enfants enrôlés au sein des milices alliées à l’armée soudanaise, ce qui constitue un élément supplémentaire attestant l’implication de ces formations dans l’association des enfants aux activités militaires et dans la facilitation de leurs déplacements à l’intérieur des zones d’opérations, en violation manifeste des normes nationales et internationales relatives à la protection de l’enfance ».
Cette révélation intervient quelques jours après les avertissements lancés par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) concernant la dégradation de la situation humanitaire dans la ville d’El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord. L’organisation a souligné que les enfants étaient exposés à des risques croissants en raison de l’intensification des combats et de l’extension des opérations militaires, alors même que la crise humanitaire s’aggrave dans l’ensemble du Soudan.
Lors d’un exposé présenté devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’organisation a précisé que l’intensification des affrontements à El-Obeid et dans ses environs menaçait la vie de près de 500 000 personnes, parmi lesquelles un grand nombre d’enfants et de femmes, dans un contexte marqué par la poursuite des bombardements et l’aggravation des risques liés aux déplacements forcés et à l’effondrement des services essentiels.
L’UNICEF a confirmé que les enfants demeuraient la catégorie la plus durement touchée par le conflit en cours depuis avril 2023, indiquant avoir recensé plus de 5 700 violations graves commises à leur encontre, notamment des homicides, des blessures, des recrutements forcés et d’autres violations liées aux conflits armés.
L’organisation a ajouté que la crise humanitaire au Soudan avait atteint des niveaux sans précédent : le nombre de réfugiés soudanais dépasse désormais 3,5 millions de personnes, tandis que celui des déplacés internes excède 6,5 millions, dans ce qui constitue l’une des plus importantes crises de déplacement au monde.
Arrestations arbitraires
Revenant sur les constats de l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme, celui-ci fait état d’une montée des inquiétudes face à des « campagnes d’arrestations arbitraires et de détentions forcées de civils menées par les services de sécurité dans la ville d’El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord ».
L’Observatoire met en garde contre « l’utilisation, par les autorités de fait, d’un ensemble de lois héritées, vagues et répressives, contraires au droit international, pour menacer, harceler, détenir arbitrairement et agresser une catégorie sociale déterminée ».
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires avait précédemment indiqué que plus de 25 millions de Soudanais étaient confrontés à une grave insécurité alimentaire, faisant de ces femmes des cibles particulièrement vulnérables au recrutement forcé ou à l’exploitation sous la pression de la survie.
Le journal Al-Sudaniya rapporte que, dans ce contexte, « la ville d’El-Obeid, sous contrôle de l’armée, traverse sa phase la plus difficile depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, alors que les opérations militaires des forces de l’Alliance Taasis se sont intensifiées. Celles-ci ont renforcé leur déploiement autour de la ville et en ont resserré l’encerclement depuis plusieurs axes, dans le but de couper les lignes de ravitaillement et de soumettre la ville par une stratégie d’usure et de siège ».
Des rapports de terrain et des témoignages d’habitants soulignent que « la ville connaît une situation humanitaire en constante dégradation, en raison de la grave pénurie d’eau potable, des coupures répétées d’électricité et de la hausse sans précédent des prix des denrées alimentaires et du carburant, tandis que les attaques de drones contre des installations civiles et militaires se poursuivent à l’intérieur de la ville ».
Selon les témoignages recueillis par le journal auprès des habitants, les forces de l’Alliance Taasis « ont intensifié leurs attaques au cours des dernières semaines, tout en déployant des renforts militaires sur les routes menant à El-Obeid. Des vidéos largement diffusées montrent des colonnes militaires et des véhicules de combat se dirigeant vers la ville, tandis que les habitants sont avertis de ne pas s’approcher des sites militaires ».
Plusieurs citoyens affirment que « les frappes visant les centrales électriques, les installations de carburant et les lignes de ravitaillement ont entraîné une forte dégradation des services essentiels, notamment après la mise hors service d’importantes portions du réseau électrique, avec des répercussions directes sur les stations de pompage d’eau et les établissements de santé ».
Alors que la confrérie des Frères musulmans mène, à travers ses différentes structures, une campagne internationale contre les succès enregistrés par les forces de l’Alliance Taasis dans le Kordofan du Nord, des observateurs soudanais estiment que cette présentation de la situation à El-Obeid ne constitue qu’une tentative de détourner l’attention des préparatifs militaires menés à un rythme soutenu sur les fronts du Kordofan du Nord, en particulier à Jabrat al-Cheikh et à Rahid al-Nouba, dans le but de légitimer les opérations militaires conduites par l’armée dans ces régions, tout en intensifiant les critiques à l’égard de toute opération attribuée aux forces de l’Alliance Taasis.
Un rapport de l’Alliance Taasis affirme que « la ville d’El-Obeid et ses environs constituent une base de lancement des opérations militaires dirigées contre les Forces de l’Alliance fondatrice du Soudan ainsi que contre les civils des villages, des villes et des agglomérations de l’État du Kordofan du Nord et au-delà. La ville abrite également des centres de commandement opérationnel, des lignes de ravitaillement, des dépôts de carburant et de munitions, des forces offensives ainsi que des bases d’artillerie et de drones, ce qui renforce la valeur militaire des objectifs qui s’y trouvent ».
Le rapport précise que « la présence de civils ne confère pas aux forces de la confrérie terroriste des Frères musulmans ni aux milices qui lui sont alliées une immunité juridique. Le droit international humanitaire n’interdit pas les attaques contre des objectifs militaires légitimes ; il impose en revanche des restrictions quant à leur conduite, notamment le choix des moyens les moins dommageables pour les civils lorsque cela est possible, la limitation des attaques aux seuls objectifs militaires, l’abstention de toute attaque lorsque les pertes civiles prévisibles seraient excessives au regard de l’avantage militaire direct et concret attendu, ainsi que la prise de toutes les précautions possibles afin de réduire les dommages susceptibles d’être causés aux civils ».
Le rapport considère que « la ville d’El-Obeid revêt une importance militaire manifeste, ce qui rend les objectifs militaires qui s’y trouvent susceptibles d’être visés conformément aux dispositions du droit international humanitaire, sous réserve du strict respect de ses principes et de ses règles. Aucune disposition du droit international n’oblige la partie attaquante à attendre le retrait des forces adverses de leurs positions avant d’exercer son droit à la légitime défense, la nécessité militaire autorisant le ciblage des objectifs militaires légitimes, qu’ils soient en phase d’attaque ou de préparation d’une attaque ».
Enfin, le rapport souligne que « l’Alliance Taasis salue les appels internationaux en faveur de la protection des civils, du respect du droit international humanitaire et de la limitation du recours à la force. Toutefois, ces appels, malgré leur importance, ne sauraient à eux seuls mettre fin à la guerre ni protéger les civils. La véritable voie passe par un cessez-le-feu global obtenu dans le cadre d’un processus politique sérieux s’attaquant aux causes profondes de la crise et à ses conséquences. Cela suppose l’exercice de pressions effectives sur la confrérie terroriste des Frères musulmans et son armée, en tant que partie refusant de mettre un terme à la guerre, ainsi que le renforcement des mécanismes de médiation régionaux et internationaux et le soutien aux parties engagées de manière sérieuse dans une solution négociée et pacifique. »
Editeur responsable Bam tv

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