Europe : Kinepolis ressuscite la pellicule 70 mm
À l’heure où le streaming et ses algorithmes dictent nos soirées, où la compression numérique peine parfois à acheminer un 4K HDR jusque dans les salons, Bruxelles opère un retour spectaculaire à la matière. Kinepolis vient d’achever l’installation d’un projecteur IMAX 70 mm, une rareté sur le continent européen dont on ne trouve d’équivalent qu’à Prague, bientôt à Montpellier ou au British Film Institute de Londres. L’entreprise n’a rien d’anodin : 2,5 tonnes d’ingénierie ont nécessité un renforcement structurel de la cabine.
Au cœur du dispositif trône un mastodonte beige, alimenté par une lampe de 15 kilowatts et refroidi en continu à l’eau. Sa singularité tient à la course horizontale de la pellicule, garante d’une stabilité d’image inégalée. Loin du « clic » numérique, le projectionniste retrouve ici un geste artisanal : nettoyage des roulettes, assemblage de trois modules, contrôle de la température et de l’humidité avant chaque séance. Pour « L’Odyssée » de Christopher Nolan, la bobine pèse 385 kilos et s’étire sur 17,4 kilomètres, occupant presque tout l’espace disponible.
Le bénéfice se mesure à l’écran. La définition de la pellicule 70 mm atteint l’équivalent de 18K, quand les projecteurs numériques les plus avancés culminent à 4K. Projetée sur une toile de 27 mètres sur 19, soit plus de 500 m², l’image épouse le ratio 1.43:1 voulu par le cinéaste. Le résultat est une densité, une profondeur et une présence physique que le numérique ne restitue qu’imparfaitement. Les équipes, formées par IMAX, doivent désormais conjuguer rigueur technique et sens du rituel, car chaque projection impose un rembobinage manuel et une surveillance constante.
Au-delà de la prouesse technique, Kinepolis y voit un pari culturel et économique déjà validé : 17 000 billets vendus avant même la première, avec une affluence qui attire jusqu’aux spectateurs français. Après « L’Odyssée », le groupe programmera d’autres titres, anciens et nouveaux, jamais présentés chez nous dans ce format, à commencer par « Dune, troisième partie » de Denis Villeneuve. Dans un paysage audiovisuel dominé par l’immatériel, la salle bruxelloise réhabilite ainsi la pellicule comme expérience, et rappelle que le cinéma demeure, d’abord, une affaire de lumière traversant de la matière.
Crédit photo : Belgaimage

0 Comments