Enseignement : deux heures de plus, la mesure qui crispe - Belafrika Media TV

Enseignement : deux heures de plus, la mesure qui crispe

La Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à imposer deux périodes de cours supplémentaires hebdomadaires aux enseignants du secondaire supérieur, sans compensation salariale. Une décision justifiée par la volonté de réaliser des économies et par un constat récurrent : les professeurs francophones assureraient moins d’heures « face classe » que leurs homologues européens. Selon le FMI, en 2021, le temps d’enseignement statutaire en Belgique était inférieur à celui observé en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, représentant entre 72% et 98% de la moyenne. Les données de 2023 nuancent toutefois ce constat : avec 20 périodes dans le secondaire supérieur, 22 dans le secondaire inférieur et 24 en primaire, les enseignants francophones se situent dans une moyenne proche de celle de la Flandre, de l’Allemagne et de l’UE, mais demeurent en retrait de 10 à 25% par rapport à la France et aux Pays-Bas.

Le débat se cristallise pourtant sur le temps de travail global, rarement mesuré. L’étude TALIS 2024, menée en Belgique francophone par l’ULiège, estime à 19,2 heures hebdomadaires le travail hors classe d’un enseignant à temps plein du premier degré du secondaire, et à 20,3 heures en primaire. Un total que la chercheuse Valérie Quittre juge encore sous-évalué, l’enquête ne tenant pas compte des enseignants multi-établissements et reposant sur des déclarations a posteriori. La chercheuse ULB Magali Verdonck conteste elle aussi ces chiffres : « Moins d’une heure de préparation pour une heure de cours paraît impossible », souligne-t-elle, rappelant que les professeurs francophones préparent eux-mêmes leurs supports, à l’inverse de la pratique flamande. Une enquête VUB de 2018 en Flandre chiffrait d’ailleurs le temps total de travail à près de 50h par semaine en primaire et 48h en secondaire.

Membre du comité d’experts mandaté sur le budget de la Fédération, Magali Verdonck regrette que la proposition d’augmenter le temps « face classe » ait été appliquée sans analyse préalable du travail invisible. « Nous avions recommandé de vérifier d’abord ce qu’il en était du hors classe », dit-elle. Faute de données fiables et comparables, la mesure suscite donc l’incompréhension dans le corps enseignant. Alors que la question du coût du système éducatif reste entière, l’absence d’objectivation précise du temps de travail empêche d’apprécier la pertinence réelle de cette réforme, dont l’impact sur la qualité de l’enseignement et sur la dette de la Fédération sera examiné dans la suite de notre dossier.

Crédit Photo : © Getty Images – RTBF

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