Belgique : Bruxelles sous le feu du narcotrafic
Bruxelles connaît depuis plusieurs semaines une recrudescence de fusillades liées au trafic de drogue. Des tirs en pleine rue, des passants forcés de se mettre à l’abri, un commissariat visé à Anderlecht : la violence s’impose comme mode de régulation entre réseaux. Interrogé le 2 septembre sur La Première, le procureur du Roi Julien Moinil décrit un affrontement entre deux groupes autrefois alliés, désormais en guerre pour le contrôle de points de deal générant plusieurs milliers d’euros par semaine. « C’est la cupidité qui est le moteur. Et le contrôle, dans ce milieu, s’exerce par la violence », explique-t-il, évoquant tortures, enlèvements et règlements de comptes. L’enquête sur les faits du 21 août progresse, avec analyses balistiques, bouclage, exploitation des caméras et travail de fond assuré par la section criminalité organisée du parquet, forte de sept magistrats.
Le magistrat pointe toutefois des failles structurelles qui entravent l’action judiciaire. Le réseau de vidéoprotection bruxellois est obsolète : caméras en noir et blanc, appareils défectueux, zones non couvertes, feuillages masquant les points de deal. « On est en 2026 ou dans les années 40 ? », s’interroge-t-il, plaidant pour un dispositif moderne permettant de retracer les itinéraires de fuite. Plus préoccupant encore, la difficulté à neutraliser les commanditaires. Plus d’une centaine de tireurs ont été interpellés, dont des mineurs, mais les donneurs d’ordres conservent leur emprise, y compris depuis la prison de Haren. « Depuis une cellule, on peut importer une tonne de cocaïne. Ça ne va pas », dénonce le procureur, qui réclame l’installation urgente de brouilleurs de GSM, promise selon lui par la ministre de la Justice. La coopération avec le Maroc est jugée bonne, mais la double nationalité de certains suspects complique les extraditions.
Pour Julien Moinil, la réponse ne peut se limiter à la répression à court terme. Revenant sur les causes profondes, il estime que « l’on a raté le coche sur le plan de la prévention ». Le profil des mis en cause révèle des parcours marqués par la déscolarisation, l’absence de prise en charge et des défaillances éducatives. Or la Communauté française manque cruellement de moyens pour les juges et services de la jeunesse. « Je pense qu’on n’a pas assez investi dans la construction de cette jeunesse qui maintenant est dans le bain de ce narcotrafic avec des gains immenses », conclut-il. Faute d’un effort conséquent en amont, le procureur craint que les flambées de violence ne se répètent.
Crédit Photo : Le Soir

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