Afrique : À São Tomé, le Tchiloli fait résonner la justice
Dans une cour de l’île de São Tomé, une flûte de bambou ouvre la représentation. Les percussions s’emballent, les comédiens surgissent, vêtus de costumes éclatants, coiffés de perruques et de hauts-de-forme. Pendant plusieurs heures, la troupe Formiguinha da Boa Morte fait revivre le Tchiloli, théâtre traditionnel introduit par les Portugais au XVIᵉ siècle et profondément métamorphosé au fil des siècles. Inspirée des légendes de la dynastie carolingienne, l’intrigue met en scène Charles le Jeune, fils de Charlemagne, qui tue un chevalier à la chasse. Le marquis de Mantoue exige réparation et l’empereur finit par soumettre son propre héritier à la justice publique. Joué en portugais ancien, le récit est resté, mais le langage scénique, la musique et les références se sont enracinés dans la société santoméenne.
Cette pièce venue d’Europe s’est mue en un art propre à l’archipel. « Le Tchiloli en soi n’est pas originaire de l’île. C’est un art adapté de la culture européenne », reconnaît Marco Carvalho, musicien de la troupe depuis plus de trente ans. Pour lui, la force de la tradition tient à son sujet : la justice, sans distinction de rang ni de fortune. Le ministère de la Culture y voit également un « art unificateur », qui rappelle la primauté du droit et la valeur du dialogue. Dans le public, cette portée morale demeure vive. « Tout doit être juste. Qui sème le mal récolte le mal », résume Maribel Borja, 19 ans, qui découvre la représentation.
La survie du Tchiloli repose aujourd’hui sur la transmission. Jardel Moniz Fernandes, 35 ans, vient d’intégrer la troupe dans le rôle de Ganelon, le traître de Roncevaux. « J’adore tout ça, vraiment tout : la danse, le son de la flûte, le tambour », confie-t-il, déterminé à initier à son tour ses enfants. Ainsi, un récit médiéval européen, arrivé avec la colonisation portugaise il y a plus de cinq cents ans, continue de circuler de génération en génération. Sur la scène santoméenne, Charlemagne et ses chevaliers deviennent le support d’une réflexion contemporaine sur l’équité, la coexistence et la mémoire collective.
Crédit Photo : France24

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